Dans l’Ombre des ondes
SYNOPSIS
À l’école, Charlie se fait harceler par ses camarades de classe. Il n’y a que dans sa chambre, son sanctuaire, qu’il se pense protégé de toute humiliation. Cependant, une nuit, lorsque ses harceleurs retrouvent son numéro de téléphone, sa chambre change d’apparence. Une soirée horrifique commence pour le jeune garçon…
FICHE TECHNIQUE
Date de sortie : 7 juin 2025
Durée : 3min33
Genre : drame, épouvante
Format : court-métrage
Langue : muet avec textes en français
Récompense : 3e place au concours Ciné-Motion (catégorie famille)
Réalisation : Erizu Teriyaki
Scénario : Erizu Teriyaki
Direction de la photographie : Erizu Teriyaki
Cadrage : Erizu Teriyaki et Stéphane Moreau
Direction artistique : Erizu Teriyaki
Animation en stop motion : Erizu Teriyaki
Animation en dessin animé : Aïssam Zaoui
Montage : Stéphane Moreau
Musique originale : Quentin Moreau et Stéphane Moreau
Distribution :
Coralie Moreau : Romy et Thibaut
Quentin Moreau : Nolan
GENÈSE
L’idée autour de ce court-métrage commence bien avant mon envie de faire des films en stop motion… Nous devons remonter en 2023, alors que j’étais encore étudiante en école de cinéma. Je devais réaliser un court-métrage, à partir de la musique Irish Suite for Sting Piano and Small Orchestra II. The Leprechaun. En écoutant cette partition, je l’ai trouvée très angoissante. J’ai alors pensé à ce que m’avait dit une camarade de mon groupe : elle avait envie que l’on réalise un film utilisant des ombres chinoises.
Je me suis inspirée de cette idée et ai imaginé un enfant, apeuré dans sa chambre suite à l’apparition d’ombres étranges. Notre professeur de mise en scène insistait constamment sur le fait que nos films devaient contenir des thématiques modernes, des sujets actuels, significatifs pour des cinéastes dans nos âges. J’ai ainsi trouvé le pitch : l’enfant serait terrifié la nuit, après avoir subi du cyberharcèlement, un sujet dans l’ère du temps.
La fameuse musique utilisée pour l’ancienne version du film
L’idée a énormément plu au prof (qui pourtant, était tout sauf un tendre). Malheureusement, je ne m’entendais pas du tout avec mes camarades, je me sentais très mal à l’aise, ce qui a participé à rendre le tournage absolument catastrophique. On était obligés de rendre le matériel très tôt, ce qui nous a conduits à clore le tournage en urgence. Et pire que tout : nous n’avons tourné aucun plan avec les ombres (enfin si, un seul, mais il n’a pas été gardé au montage). Nous étions aussi censés filmer des images projetées sur le mur par un vidéo-projecteur (des souvenirs du personnage principal à l’école) mais nous n’avons pas eu le temps non plus. Résultat : ce qui faisait l’identité-même de mon film s’est vu complètement effacé. C’est comme si Spielberg avait oublié les dinosaures dans Jurassic Park. L’expérience m’a énormément traumatisée et dégoûtée des tournages.
Pendant plus d’un an, cet échec m’est resté en travers de la gorge. Entre-temps, j’ai découvert l’art de la stop motion, à travers mon court-métrage Au Royaume de Kissouland. En septembre 2024, j’ai entendu parler du concours Ciné-Motion, un festival de stop motion amateur organisé à Saint-Herblain. J’ai alors décidé de faire face à mes démons en reproposant l’oeuvre que j’avais en tête, cette fois sous forme de film d’animation.
MAKING OF
Création des personnages
Pour commencer, je devais donc créer mon protagoniste, Charlie. Je souhaitais un enfant qui ait l’air gentil et innocent, mais qui ressemble surtout à un gamin normal. En effet, je ne voulais pas qu’on puisse deviner la cause de son harcèlement. Pour sa peau, j’ai franchi une nouvelle étape. Au revoir Fimo et bonjour Plastiline, la pâte utilisée par les vrais studios de stop motion. Ensuite, j’ai découpé les cheveux d’une poupée et je les ai collés sur la tête de mon héros. J’ai eu du mal à coller la tignasse de façon ordonnée et des surplus de colle se sont amassés sur l’arrière de la tête. Mon personnage n’a donc pas l’air en excellente santé… Je lui ajouté des yeux à pupille flottante. En ce qui concerne la bouche, je suis restée sur de la pâte à modeler rose, comme dans Au Royaume de Kissouland. J’ai habillé Charlie avec plusieurs vêtements portés par de minuscules figurines de bois (dont une que j’ai dû décapiter, car les vêtements ne passaient pas sa grosse tête). À savoir que le haut de pyjama est en réalité une robe (pour dire à quel point la figurine d’origine était petite). J’ai énormément galéré à lui faire enfiler son haut et son bas de pyjama. En même temps… j’avais déjà complètement recouvert son armature avec de la pâte à modeler. Par conséquent, sa peau se mélangeait avec le tissu, ce qui était assez terrifiant.
Pour la petite anecdote : lorsque j’ai rédigé le scénario, mon personnage principal s’appelait Lucas. Cependant, lorsque j’ai terminé de le fabriquer, je le trouvais très androgyne. J’avais peur que les spectateurs le prennent pour une fille. Pour me simplifier la vie, j’ai donc décidé que mon héros n’aurait pas de genre défini afin que tout le monde puisse s’identifier. “Lucas” a donc laissé place à un plus neutre “Charlie”. Au final, j’ai l’impression que tout le monde – moi y compris – perçoit le héros comme un petit garçon, cette modification n’était peut-être pas si nécessaire.
Je sais, ça fait peur
Enfin, il fallait créer les trois gamins harceleurs. Pour l’occasion, je me suis achetée deux nouvelles armatures. Les cheveux des trois sales garnements ont été créés à partir de pompons découpés. Le grand garçon roux porte un T-shirt présent sur un porte-clé nounours. Pour le brun, ce sont les vêtements de la poupée dont les cheveux ont été récupérés pour Charlie. Quant à la fille blonde, son haut fait partie de la tenue d’une poupée de Ron Weasley (décidément, il revient souvent, celui-là). Elle porte également une jupe et des bottes à talons appartenant à une poupée mannequin, plagiat de Miku Hatsune. À noter que je me suis évertuée à trouver des chaussures pour chaque enfant… chaussures qu’on ne voit sur aucun plan (à part sur les souvenirs en dessin animé).
Le garçon roux s’appelle Nolan… tout simplement car c’est le nom écrit sur son pull. J’ai appelé le petit brun Thibaut car un T figure sur son sweat jaune. Quant à la fille, je suis partie un peu plus loin : elle s’appelle Romy, contraction de Ron et de Miku. Il faut bien rendre hommage à ceux à qui elle doit sa garde-robe.
De bonnes fringues, pour harceler avec classe
Création du décor
Pour le décor, il a donc fallu recréer une chambre d’enfant. Je souhaitais créer un lieu rassurant et riche en détails, un endroit dans lequel la personnalité de Charlie s’exprimerait entièrement. Pour bâtir les murs, mon père et moi avons acheté quatre planches de bois chez Weldom. Je les ai peintes afin de leur donner une teinte plus crème, davantage appropriée pour une chambre. J’aurais pu partir sur une jolie tapisserie plus fantaisiste. Cependant, les murs devaient rester le plus clairs et unis possibles, afin de laisser apparaître les projections des souvenirs d’école. Nous avons joint les murs ensemble grâce à de petites vis. L’idée était de pouvoir séparer les murs le plus facilement possible (attendez de lire la partie tournage, on va bien rigoler) et placer ma caméra comme je le voulais. Pour la fenêtre, on a placé une petite plaque de verre devant un trou carré. On a ensuite découpé des petites bandes de papier. Ces dernières ont été collées directement sur la vitre et autour du trou. Ainsi, on a obtenu les croisillons et les rebords de la fenêtre. On a suspendu de vrais morceaux de rideaux bleus sur une petite barre de métal, agrémentée de petites boules de pâte à modeler à chaque extrémité. J’ai commandé sur internet une adorable petite porte de lutin en bois. On l’a peinte en bleu pour la rendre plus mignonne et apaisante. La couleur bleue est très présente dans le décor. On devine que c’est probablement la couleur préférée de Charlie, ce qui nous immerge d’autant plus dans son univers.
Par la suite, il a fallu ajouter le mobilier. À l’époque, je n’avais pas encore mon imprimante 3D, il a donc fallu récupérer plein d’objets un peu partout. Heureusement, ma gentille môman m’avait acheté une grande boîte avec tout plein de meubles miniatures en bois (c’est de cette boîte que proviennent les figurines qui ont été décapitées et dépouillées de leurs vêtements, au profit de Charlie). La plupart des meubles de la chambre en sont issus : le lit, l’armoire (sur laquelle j’ai collé des stickers de poissons, parce que c’est trop mignon), la petite table de chevet ou les étagères au mur (qui normalement, se posent au sol et se tiennent à la verticale). C’est également le cas du tipi. Je voulais absolument l’utiliser mais il était en plastique, et donc pas très crédible dans le décor. On l’a donc recouvert d’un morceau de tissu (et on a peint le sommet, autrefois bleu, dans des teintes orange et brunes). Même la lampe est issue de cet adorable assortiment de meubles miniatures. J’ai placé une mini-LED à l’intérieur, afin de jouer sur la lumière de la pièce.
Pour le lit, on s’est rendu compte qu’il était bien trop petits. On l’a donc découpé en deux et collé une petite planche de bois au milieu, afin de créer une extension. Ma mère a ensuite utilisé un morceau de plaid pour obtenir une couverture. Pour les oreillers, elle a découpé des taies et les a remplies de coton. Quant au coffre à jouets, c’est une petite boîte qui m’avait fait craquer chez Centrakor. Pareil pour le chevalet, sur lequel j’étais tombée à Gifi. Sa petite taille était tellement mignonne, je devais absolument l’acheter et faire de Charlie un peintre (oui, la personnalité de mon protagoniste s’est beaucoup construite en fonction de mes lubies). C’est ma soeur qui a peint ce paysage volontairement inachevé. Le bureau et la chaise ont également été achetés sur internet. Pour ce qui est du tapis… il s’agit en réalité d’un dessous de verre.
Enfin, il a fallu recouvrir la pièce de plein de petites babioles dans tous les sens. J’avais heureusement récolté plein d’objets miniatures : un sac à dos, des livres, des crayons, des bloc-notes, un ordinateur, une tablette, une bouteille de cola, un skate, des ballons, des dinosaures, ou encore, bien entendu, le téléphone. J’ai également placé des voitures qui pouvaient ressembler à des véhicules télécommandés (parce qu’à l’échelle de Charlie, elles sont quand même bien grosses). L’ours en peluche géant n’est autre que l’ancien propriétaire du pull bleu de Nolan. Enfin, dans l’armoire entrouverte, on peut apercevoir le t-shirt orange de Suzie, héroïne de Au Royaume de Kissouland. Il y a aussi quelques objets que j’ai créés moi-même. Les livres que l’on peut voir dans les étagères sont en vérité des bouts de carton pliés en deux, colorés avec de la peinture.
Charlie, dans sa petite chambre (il a l’air si content)
Tournage
Une fois le décor entièrement finalisé, j’ai pu commencer le tournage. Au début, je pensais prendre les images avec un véritable appareil photo Canon (un EOS 500), comme une vraie professionnelle. Cependant, l’appareil et l’objectif n’étaient pas adaptés à la stop motion. Je n’arrivais pas à gérer le flash, qui me donnait toujours des plans complètement blancs. J’ai carrément envisagé d’abandonner et de participer au Ciné-Motion de l’année suivante, tellement je manquais de temps (j’ai eu raison de m’accrocher, car ce festival a en fait lieu tous les deux ans). Je me suis finalement décidée à utiliser l’iPhone 14 de mon père, plus performant que mon petit 11.
Pour éviter que l’animation soit aussi saccadée que dans ma précédente réalisation, j’ai pris de nombreuses rafales de photos. Je me disais qu’en ayant plusieurs fois la même frame, l’animation se révélerait plus fluide. Le souci, c’est que je gardais mon doigt bien trop longtemps sur le téléphone et me retrouvais donc avec des rafales d’une quinzaine d’images. Pas forcément très pertinent, à part si l’on souhaite faire du 2 FPS.
Me voilà qui fait la fière avec un appareil photo que je vais vite abandonner…
Évidemment, j’ai dû faire face à plusieurs imprévus. Les derniers plans, dans lesquels mon personnage se lève et quitte sa chambre, se sont avérés extrêmement difficiles à tourner. Je n’arrivais pas à faire tenir Charlie, il tombait tout le temps et n’arrêtait pas de se pencher comme un petit vieux. On a utilisé de la Patafix pour le maintenir en place. Étant donné que son squelette est en métal, mon père a proposé l’idée de placer un aimant sous le sol de la chambre, pour ainsi suivre les mouvements de mon héros. On a finalement réussi mais il a fallu diviser mon plan final en deux. En effet, à l’origine, je voulais que le plan où Charlie quitte la chambre soit le même que celui dans lequel les ombres se dirigent vers la porte. Dans le montage final, un cut sépare les deux plans, ce qui donne l’impression que les ombres ont mis du temps à se décider, avant de finalement suivre l’enfant.
Mon décor était posé sur une petite table instable, dont les pieds ne tenaient pas bien. Un jour, la table s’est complètement écroulée sous mes yeux, mon joli décor avec. Les murs se sont détachés les uns les autres, les objets sont tous tombés dans tous les sens, l’extension du lit s’est détachée… Heureusement, rien n’a véritablement cassé et j’ai pu reconstituer la chambre, une fois la frayeur passée. Bon, j’ai probablement créé plein de faux raccords en remettant les objets à leur place… mais je pense qu’on n’était déjà plus à ça près.
Ancienne version 2D de Charlie, avec les yeux plus petits et sans sourcils
Au départ, lorsque j’ai commencé le projet, j’avais envisagé de créer moi-même les décors de l’école, pour animer les souvenirs projetés au mur. Cependant, j’ai mis beaucoup trop de temps à finir le décor de la chambre, en sachant que j’avais une date butoir (qui approchait un peu trop vite). J’ai donc contacté Aïssam, un ami de l’ESRA, dont j’avais toujours beaucoup admiré le coup de crayon. Je lui ai proposé de représenter lui-même les souvenirs de harcèlement, sous forme de dessin animé. Aïssam a proposé plein d’idées pour les décors et les personnages. Après plusieurs propositions de sa part, on a réussi à obtenir un Charlie en 2D, le plus fidèle possible à sa version en volume (de même pour les autres personnages). Il a utilisé After Effects pour animer les personnages. Grâce à ce style en 2D très imagé, l’arrivée des enfants se fait plus progressive : d’abord sous forme d’ombres, puis en souvenirs en deux dimensions sur les murs, avant de réellement envahir la chambre en trois dimensions.
Croquis de la cour d’école, avec une balançoire non-gardée dans la version finale
Post-production
Lorsque j’ai enfin tourné le dernier plan, il ne restait plus que quelques jours avant la date finale d’envoi. Toute la post-production s’est donc déroulée en l’espace de quelques jours. À l’aide de After Effects, mon père a utilisé du tracking pour ainsi placer les souvenirs sur les murs, ainsi que les messages de harcèlement sur le faux téléphone miniature. On a recouru à plusieurs méthodes déjà utilisées dans Au Royaume de Kissouland, comme les bruitages gratuits sur internet. Mon frère est également revenu assurer la bande-originale. Il a ponctué sa partition de notes rapides et aiguës, donnant ainsi une ambiance bien stressante au film. Le générique de fin a été composé par mon père, qui a conclu le court-métrage sur une ambiance plus sombre et énigmatique.
Bien entendu, il y avait la partie doublage, toujours aussi drôle. Comme on ne change pas une équipe qui gagne, ma soeur Coralie et mon frère Quentin sont revenus prêter leurs jolies voix. Coralie interprète deux personnages : Thibaut et Romy. Quentin, quant à lui, donne sa voix à Nolan. Bien entendu, il n’y a pas de dialogue, ils ont donc uniquement enregistré des rires, ce qui était assez flippant à écouter.
CONCLUSION
J’avais jusqu’au 31 mars, minuit, pour envoyer le film. Je l’ai envoyé le 31 mars, à 22 heures et quelques, je l’ai donc fini dans les temps… quoique sur le fil. Grâce à ce film, j’ai donc pu concourir au Ciné-Motion, dans la catégorie “famille ou inter-âges”. Je me suis retrouvée à la troisième place, j’ai alors remporté une carte cadeau ainsi qu’un joli trophée en bois, en forme de clap. Plus classe encore : Sophie Roze, marraine du festival et réalisatrice du film d’animation Une guitare à la mer, est venue me féliciter en personne.
Je pense que le plus important à retenir de tout ça, c’est que j’ai finalement pu réaliser le film que j’avais en tête. Certes, Dans l’Ombre des ondes est très loin d’être parfait. L’animation reste très saccadée (même si d’un meilleur niveau que ma réalisation précédente), les jeux de lumière sont parfois étranges et l’action parfois légèrement illisible… mais au moins, il s’agit de mon propre film. Une fois libérée des obligations dictatoriales de l’ESRA, j’ai enfin pu exprimer mes réelles intentions. J’ai ainsi compris que j’étais capable de finir un projet de cette envergure, ce qui m’a grandement motivée à participer à d’autres concours. J’allais ensuite faire mes armes sur un clip musical…
Médaille de bronze, chez Ciné-Motion !